dimanche 1 avril 2012

La gentillesse réhabilitée ?

Preuve que la gentillesse retrouve de sa noblesse : Emmanuel Jaffelin vient d'être classé par le philosophe André Guigot au rang des grands penseurs contemporains, dans l'anthologie que ce dernier vient de faire paraître aux éditions Bayard (Qui pense quoi ? Anthologie subjective des grands penseurs contemporains, Bayard, 2012). Guigot classe Jaffelin dans la catégorie des "jardiniers", "ceux qui redonnent le goût de vivre et de sourire". A lire et découvrir tant toutes les bonnes librairies.

Les éditions Tallandier publie ce mois-ci un ouvrage rassemblant des articles écrits en 2011 par les philosophes français et publiés chaque semaine dans le Figaro. Vous y retrouverez Emmanuel en compagnie de Cinthia Fleury, Nicolas Grimaldi, Alexandre Jollien, etc. L'idée: faire de la philosophie en ouvrant le livre au hasard et s'articuler sous la chaleur. Sous les concepts, la plage! L'été sera gentil ou ne sera pas !

La gentillesse dans le Nouvel Obs du 12 juillet.

4 commentaires:

  1. Cher monsieur,

    J'ai lu votre livre "petit éloge de la gentillesse" ce livre tombe à point nommé. Il donne un étayage théorique et une grande profondeur à ce que depuis quelques temps je ressens comme une nécessité : être gentille.


    C'est mon vieux père de 92 ans qui perd un peu la tête, qui m'a ouvert les yeux. Pourtant, la gentillesse, ce n'était pas trop son affaire. La méchanceté non plus. Mais des écorces par-dessus ses sentiments, une morale chitineuse, des téguments sur le coeur... Tout ce qui permet à un homme "normal" de traverser presqu'un siècle avec dignité.

    Mais voilà que le grand âge s'en mêle, que le cerveau gauche et les centres de l'inhibition s'amollissent... enfin... Voilà que cet homme digne devient faible, fragile... Il devient gentil, lui qui n'était pourtant jamais méchant... Il demande de la gentillesse, des caresses de l'âme, des regards, des sourires. Pour la première fois de sa vie, il me demande un bisou, un vrai, pas la bise obligée du soir ou de l'au revoir. Je lui donne ce bisou. Il l'oublie aussitôt et en réclame un autre...


    Etre gentille avec mon père, être patiente, attentive, lui accorder cette tendresse qu'il réclame enfin, c'est pour moi l'accomplissement de notre relation. Et je remercie le ciel de nous accorder ce temps, ce grand âge qui permet l'érosion de son écorce, et nous donne à tous les deux l'occasion de nous dire enfin notre tendresse réciproque.
    Je découvre aussi, grâce à la gentillesse, une nouvelle relation avec ma mère. Je me dis surtout : "enfin...".

    Etre gentille avec chacun est devenu pour moi comme une discipline du coeur : rendre service, sourire, écouter, faire tout ce qui est en mon possible dans le seul but d'aider autrui. C'est vrai : je m'oublie, et ça me fait beaucoup de bien. Je regarde alors avec tristesse tous ceux qui n'ont pas découvert ce mode de vie, car c'en est un. Et quand je sens que moi-même je faillis, j'ai des regrets, alors je me réoriente et tout va mieux.

    Etre gentil(le) demande un petit effort au début, c'est une inclinaison, comme quand on est derrière un arbre qui nous cache la vue : on se penche un peu et on voit tout. Une inclinaison qui devient inclination, il suffit d'y penser.

    L'honnêteté est cruciale, et j'aime cette exigence envers moi-même : dégager les scories, débusquer mes mesquineries, mes petites jalousies, mes avarices, mes petitesses ... devenir une grande personne, sans majuscule, juste avec la maturité, un début de sagesse peut-être ? J'aime cette humilité qui me ramène à l'essentiel de moi-même, cet essentiel devenant l'Autre.
    La gentillesse, dans sa modestie, est le puissant révélateur de ce que je deviens.

    J'ai la chance de connaitre beaucoup de gens gentils, que j'ai toujours reconnus comme tels, et que cependant je ne cherchais pas à imiter, craignant de passer pour faible, craignant de perdre un illusoire pouvoir d'autorité, de distance, d'insaisissabilité. Je réalise maintenant la force de ces gens, probablement à leur insu, et à quel point ils sont les seuls à laisser derrière eux de la lumière... "Non, n'éteignez pas cette lumière-là en partant..."

    J'aime le côté accessible de la gentillesse, le côté non-engagé, non obligé. Là où un contrat moral envers je ne sais quelle religion me dédouanerait de ce choix, ma liberté m'oblige à redonner à chaque fois un sens à mon geste gentil.

    J'écrivais plus haut que votre livre donne un étayage théorique à la nécessité d'être gentil(le), mais je précise : cette gentillesse que j'identifie un peu tard comme pratique essentielle, à force de la pratiquer justement, ne lui trouverai-je pas d'autres résonances, et des prolongements spirituels que je ne connais pas encore? Vers le boudhisme, le christianisme? Finalement, n'est-elle pas pour certains l'amorce tangible d'un début de parcours spirituel?
    Hélène BAILLET

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    1. Bonjour Hélène

      Merci pour ce témoignage de piété filiale.
      Si je vois plus la gentillesse à son aise dans la rue que dans la famille, je reconnais aussi qu'elle peut-être une introduction, sinon à la vie dévote, du moins à une spiritualité plus profonde et systématique. Et si je ne me réfère pas au bouddhisme, mais au taoïsme, c'est parce que je trouve dans celui-ci, sans exclure celui-là, un élan vital et une vision du monde douce et intelligente dont l'acupuncture et le tai chi sont les réalisations médicales et "martiales".
      L'auteur

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    2. Bonjour Monsieur JAFFELIN,
      Avec la plus grande des modesties, j'ose vous adresser une petite bouteille jetée dans cette mer numérique.
      Je serai bien plus heureuse de vous choisir une carte et d'y tracer quelques lignes pour vous exprimer toute ma sincère reconnaissance.(mais nous sommes tous coincés dans l' ère de glaciation causée par la météorite internet-p52-).
      Par le plus grand des miracles , la vie m'a offert votre ouvrage (ce 20 juillet 2012)dans lequel vous racontez avec une incroyable précision des moments clés et heureux de ma vie.(jusqu'au détail du champ de coquelicots, ma fleur préférée pour "son ardeur fragile").
      J'en ai eu les larmes aux yeux, certainement inondée par la joie de faire partie à "cette armée de l'ombre",celle des gentils.
      J'ai donc cessé de croire que "j'étais trop gentille!" ,"trop naïve" "trop bonne, ma pauvre fille"!

      La gentillesse est "une vertu combattante" , j'y accroche tout mon coeur depuis toujours.

      Alors j'espère ardemment que votre ouvrage connaîtra le succès planétaire qu'il mérite.
      Ces quelques 120 pages sont un baume pour l'âme, un collyre pour les yeux fatigués par tant d'indifférences et de froideur, un encouragement à rester des gardiens de cette valeur oubliée:la pure et désintéressée gentillesse.
      Dans cette époque où les prénoms deviennent des "pseudos", les amis ne sont plus qu'un "réseau" , les relations humaines parfois sans sel ni saveur; vous nous invitez à l'essentiel: le vrai partage.
      Alors,ENCORE mille fois mercis.
      Bien chaleureusement.

      Christelle ALONZEAU

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  2. Chère Christelle,

    merci de votre témoignage qui me touche et qui montre que la tâche du philosophe est juste de rendre manifeste ce qui est latent. J'espère qu'après les larmes, la lecture de ce livre vous aura redonné toute ardeur pour retrouver avec force et détermination le chemin de la gentillesse!
    Séjournant en juillet dans les Flandres, je suis allé visiter le musée dédié à la première guerre mondiale dans la jolie ville belge de Ypres, détruite pendant cette guerre et entièrement reconstruite d'après photos et archives. Quel ne fut pas mon étonnement de voir que dans toutes les vitrines de la ville fleurissaient des coquelicots artificiels! A la différence du bleuet, choisi par les français pour honorer leurs morts tombés au front, les anglais et les anglosaxons (américains, canadiens et australiens) ont jeté leur dévolu sur le coquelicots. Cette tradition vient d'un poème écrit en 1915 par un jeune lieutenant-colonel anglais, John McCrae, médecin canadien témoin de la terrible bataille d'Ypres. Son titre: In Flanders Fields, "Au champ d'honneur". Ce pavot, qui fleurissait sur le champ de bataille couvert de sang, est ainsi devenu la fleur du souvenir en même que signe d'espoir (qu'une telle guerre ne se reproduise pas...). Sur un autre champ de bataille, il est aussi la fleur qui symbolise la 8e année du mariage, une fois franchi le cap difficile des 7 ans...
    Dites-moi comment le petit éloge vous est parvenu!
    Mon email se trouve à l'intérieur de la quatrième de couverture.
    Gentillement vôtre

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